L'annonce est parfaite : un deux-pièces lumineux dans le 11e, 300 € sous le prix du marché, disponible tout de suite. Le propriétaire répond vite, avec une histoire touchante. Il vit à l'étranger, les clés sont chez un notaire ou une plateforme de confiance, il suffit d'envoyer le dossier et un premier virement. C'est une arnaque, et c'est l'une des plus répandues sur Leboncoin, PAP ou SeLoger.
Les escroqueries à la location suivent presque toujours le même scénario. Les reconnaître vous évite de perdre de l'argent, et d'envoyer vos pièces d'identité à un inconnu.
Les signaux d'alerte
1. Un prix nettement sous le marché. Un logement 20 à 30 % moins cher que les annonces voisines, dans un quartier recherché, attire des dizaines de candidats en une heure. C'est exactement le but.
2. Une visite impossible. Le propriétaire est à l'étranger, en mission, malade. Il propose d'envoyer les clés par la poste ou via un « service de remise des clés ». Ne louez jamais un logement que personne ne vous a montré.
3. De l'argent avant la signature. Un virement pour « réserver », un acompte pour « bloquer » le logement, un paiement pour obtenir la visite. C'est illégal, et c'est le cœur de l'arnaque. Le dépôt de garantie se verse à la signature du bail, pas avant.
4. Des moyens de paiement inhabituels. Coupons PCS, Transcash, Neosurf, mandat cash, virement vers un compte à l'étranger, ou une plateforme présentée comme un « séquestre sécurisé ». Aucun bailleur honnête n'en a besoin.
5. Une conversation qui quitte la plateforme. Le « propriétaire » demande très vite de passer par email ou WhatsApp. Les messageries des sites d'annonces gardent une trace et détectent certains fraudeurs : c'est ce qu'il cherche à éviter.
6. Des photos trop belles, ou déjà vues. Photos de magazine, décor étrangement impersonnel. Une recherche d'image inversée (Google Images, TinEye) retrouve souvent les mêmes photos sur une autre annonce, dans une autre ville.
7. Une histoire qui presse. Mutation urgente, héritage, départ à l'étranger, « beaucoup de demandes, décidez aujourd'hui ». L'urgence sert à vous empêcher de vérifier.
8. Des incohérences. Une adresse vague ou introuvable, une surface qui change d'un message à l'autre, un nom qui ne correspond pas à celui du compte bancaire.
Avant d'envoyer votre dossier
Vos justificatifs contiennent tout ce qu'il faut pour une usurpation d'identité. Avant de les envoyer :
- visitez d'abord, ou demandez une visite en vidéo en direct, pas des photos ;
- vérifiez que la personne est bien le propriétaire ou un agent immobilier titulaire d'une carte professionnelle (elle se vérifie en ligne) ;
- ajoutez un filigrane sur vos documents : « Document exclusivement destiné à la location, [date] » ;
- préférez un dossier partagé par lien, que vous pouvez désactiver, plutôt que des pièces jointes qui circulent pour toujours.
Les pièces qu'un bailleur peut demander, et celles qu'il n'a pas le droit d'exiger, sont dans notre guide des pièces à fournir.
Si vous avez déjà payé ou envoyé vos papiers
Vous avez payé : contactez votre banque immédiatement pour tenter de bloquer ou de rappeler le virement. Conservez toutes les preuves (annonce, messages, justificatifs de paiement) et déposez plainte.
Vous avez envoyé vos pièces : surveillez vos comptes, prévenez votre banque, et signalez l'usurpation si vous en voyez des traces.
Dans tous les cas : signalez l'annonce au site qui la publie, et déclarez l'escroquerie sur THESEE, la plateforme du ministère de l'Intérieur, accessible depuis service-public.fr.
Sources : service-public.fr, cybermalveillance.gouv.fr.





